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mercredi 8 septembre 2010

Archives: Kung Fu Cha IV - notes personnelles du 9 janvier 2010 à propos des notions Temps/dosages sur les Wu Yi Yan Cha

Suite au très intéressant article de David du blog "la voie de thé", à propos des questions de dosage et de temps d'infusion, je mets en ligne ces quelques notes personnelles écrites en Janvier 2010. J'espère qu'elle pourront compléter mes autres articles sur le sujet... Mon point de vue actuel sur la question, est qu'il ne faut pas trop s'enfermer dans des recettes (surtout si on est débutant) et plutôt expérimenter différentes configuration pour explorer les différentes facettes potentielles d'un thé... Chercher aussi à trouver ce qu'on aime d'un point de vue personnel plutôt qu'imiter ce qu'on a vu aillleurs...

<< Retour à une consommation assidue des Rochers depuis un petit moment. Sans doute que le climat polaire actuel y est un peu pour queqlque chose. Ce style de thé va bien pour coocooner bien au chaud chez soi...

Un retour qui se fait aussi sur de nouvelles bases techniques : après avoir exploré le "doser très fort-infuser assez court" et être passé ensuite au "doser modérement- infuser très longtemps", je cherche actuellement à réunir dans un compromis les apports de ces 2 orientations techniques opposées... L'objectif est d'avoir une infusion très fragrante et détaillée au nez, tout en ayant une bouche ronde intense... recherche d'équilibre, de compromis, de "voie du milieu", de balance entre les composantes... asssez "asiatique" comme idée...
Bref, ça va vers le " Doser assez fort - infusuer assez longtemps", MAIS ni trop ni trop peu...

Alors, recherche dans cette direction:

- Doser "abondamment", mais pas trop, disons que le thé doit bien occuper l'espace sans être à l'étroit...7 gr pour la théière "branche de pin" de 14 cl, une bonne moyenne - 4,5 à 5 gr pour un Zhong

- Infuser relativement longtemps pour le dosage, mais ni trop ni trop peu... L'objectif est d'infuser suffisament pour faire sortir un max de notes aromatiques tout en conservant une clarté expressive qui laisse une place aux notes les plus délicates. Donc pas trop, sinon on écrase un peu les parfums les plus délicats par des notes un peu lourdes... Suffisament longtemps pour faire sortir les sucres et arrondir la bouche (mais pas trop sinon on alourdi un peu trop la liqueur, ce qui la fait aussi perdre en vivacité et la rend un peu terne, sans éclat...) 1'25 à 1'50 suivant le thé pour un début (ou ce qu'on souhaite comme réglage) une bonne fourchette pour un compromis... >>

dimanche 8 février 2009

Kung Fu Cha # 3 : amertume et technique d'infusion...


Un petit mot sur l'amertume suivi d'une petite digression à propos de la technique d'infusion:


On retrouve une composante amère présente dans beaucoup de très bon thés, en particulier les Dan Cong, le Rochers, les wulong taiwanais... Souvent, elle semble déranger de nombreux dégustateurs, du moins si l'on s'en tient aux commentaires des blogs...


Pourtant, il me semble que cette saveur complexe fait partie de la nature intrinsèque de la plupart des thés de bonne qualité et il me parait difficile de la faire taire sans étouffer complétement le thé dans sa richesse et sa complexité, une bonne part des caractéristiques aromatiques du thé me semblent corrélée à cette amertume.


Pour être plus précis, il faudrait parler de cette saveur au pluriel car il me semble qu'elle existe sous de nombreuses formes, dont certaines sont plus agréables que d'autres, et certaines totalement détestables...

Une "bonne" amertume ne me dérange pas du tout, au contraire. Pour moi elle se rattache à une dimension "sauvage" et "végétale" du thé, c'est le coté "plante" du théier (et je trouve même que la bonne amertume -celle qui est plaisante- est ce qui révèle au mieux la nature du théier dont les feuilles fraiches ont un gout assez amer lorsqu'on les mâche...)


C'est une saveur qu'il faut apprendre à apprécier. Instinctivement, l'être humain éprouve une aversion pour les saveurs amères (cela car beaucoup de plantes non comestibles et toxiques ont une saveures amères). D'après les expériences tous les nouveau-nés ont une aversion naturelle pour l'amer. Pourtant quand on cherche un peu à l'explorer l'univers de l'amer est assez intéressant, mais il faut un peu s'y habituer... d'ailleurs, il n'y a pas que le thé pour cela. personellement, je suis très fan de l'alcool de racine de gentiane Jaune (comme dans l'apéritif SUZE...)- la racine de gentiane jaune est considérée comme la substance "comestible" la plus amère. La première fois où j'en ai bu j'ai fait un peu la grimace, aujourd'hui j'adore.Il y a donc tout un cheminement pour découvrir et apprécier cette composante du goût...


Ce qui entre aussi en compte pour apprécier cette saveur, outre sa qualité, c'est la balance avec les autres saveurs, en particulier le sucré... Ainsi, c'est étonnant à quel point les apéritifs amers peuvent être sucrés (et, à mon avis, trop sucrés...). De même, les thés dont l'amertume sera plaisante seront bien souvent des thés qui ont aussi une composante moelleuse, sucrée, bien présente et affirmée.

Encore faudrat-il donner à cette composante l'occasion de s'affirmer et de s'exprimer. Bien souvent l'amertume sort des feuilles dès les premières secondes, tandis que le sucré mettra bien plus longtemps à se révéler... Alors, bien souvent, si on veut modérer l'amertume, c'est peine perdue d'infuser très court; il faudra aller chercher le rééquilibrage par le sucré en infusant longtemps et même très longtemps...
Avec les thés que j'ai l'habitude de boire (essentiellement des Dan Cong, Rochers et miéllés), une moyenne 2'30" à 3' me semble de plus en plus une bonne "fourchette" pour permettre à l'infusion de réveler une photographie complète, nuancée et détaillée, d'un thé. (Parfois les infusions, me font penser au développement argentique des photos N/B..) Et cela sur des dosages d'environ 4 à 5 gr pour 10 cl.
Mais il y a peut-être plein d'exceptions pour les thés que je ne connaîs pas... J'avais déjà abordé en détail cette question par la passé.
Mes impressions se confirment et s'affinnent: il faut effectivement infuser longtemps, mais plus que je ne le pensais alors. Un minute trente à deux minutes me semblait alors la bonne fourchette, aujourd'hui j'aurais tendance à dire que c'est trop peu pour véritablement atteindre l'équilibre des composantes constitutives. Avec certains thés, infuser 2' me semblait un plus mais pas un optimum car on vait aussi une certaine dureté, de la raideur ; j'en étais à deux doigts d'en conclure à l'innefficacité de ces hypothèses "d'infusions longues" quand j'ai eu l'idée de le faire infuser 3'... où j'ai pu constater un réajustement, un basculement de l'équilibre en faveur du moelleux.

J'avais aussi un peu peur de trop doser avec ces hypothèses d'infusions longues. Actuellement, il me semble qu'il ne faut pas faire trop "light" si on veut permettre à certains détails ténus de s'exprimer, je n'ai pas eu "d'effet overdose", pas de cas où le thé était trop concentré pour être buvable...

Il me semble aussi que si on démarre avec de longues infusions cela ne sert à rien d'incrémenter les temps d'infusions, du moins sur les 4-5 premièrs passages... Et curieusement, j'ai encore pu constater que le thé ne s'épuisait pas vraiment plus vite avec des temps très longs. On arrive à faire presqu'autant d'infusions.
Encore une chose, infuser "très" longtemps permet souvent de bien de s'assurer de la qualité véritable d'un thé. Si il y a vraiment une anomalie ou une faiblesse, le thé sera dégeulasse si il est trop infusé... en fait je suis assez enclin à peser que seuls les thés poussés dans d'excellente conditions auront cette capacité à se révéler dans la longueur des infusions... Mais j'insiste, je ne prétends pas que se soit nécessairement "la" bonne manière de faire dans tout les cas et que cela ne souffre pas d'exception.


Voici mes dernières impressions concernant ma pratique du Gong Fu Cha sur les wulong...


Toutes mes excuses à mes plus fidèles lecteurs et lectrices qui remarqueront certainement que l'essentiel de ce texte est un "copier-coller" remanié d'idées que j'avais développées dans le fil des commentaires il ya un petit moment. Mais comme tout le monde ne prend pas le temps de lire les commantaires en détail, et que je voulais un peu remettre à plat tout cela, je me permet cette redite...


J'espère aussi que cela redonnera une nouvelle occasion pour nous d'échanger à propos de la technique d'infusion et de profiter de l'interactivité du blog. (Allez! les "timides" aussi peuvent donner leur avis, c'est toujours bienvenu...)
Aussi, je trouve souvent dommage que ceux qui font des compte-rendus de dégustation ne communiquent que trop rarement la manière dont ils infusent leur thé... Alors, c'est difficile de savoir sur quoi ils basent leurs impressions...

Par ailleurs, à ce sujet, j'ai aussi toujours trouvé vraiment déplorable que la quasi-totalité des marchands ne communiquent pas (ou très peu et de façon très impressionniste) ce qui serait, selon eux, les paramètres optimums d'infusion de leurs thés (libre après à l'acheteur de les respecter ou pas). Il me semble que cela permettrait aux clients de se faire une idée du produit la plus congruente avec l'idée que s'en fait celui (ou celle) qui a pris la responsabilité de commercialiser le produit. C'est vrai que chaque thé peut être mis en valeur de différentes manières suivant les paramètres utilisés et qu'il ne faut pas figer les choses dans une recette, qu'il faut faire suivant "son" goût ou même selon son humeur du jour... Mais donner les repère pemettant d'atteindre l'optimum permettrait au consommateur de se faire une opinion la plus favorable du produit.

Il me semble qu'il y a bel et bien une sorte d'optimum objectif dans "l'esthétisation " de chaque thé... Personnellement, je n'ai jamais cru au "relativisme esthétique" en matière de goût, en gros, l'idée trop facile que "les goûts et les couleurs ne se discuttent pas" . C'est trop souvent une excuse fallacieuse et facile pour refourguer de la merde aux consommateurs qui ne réchignent pas à en consommer - la variante esthétique de l'aliénation politique, d'une certaine manière... (mais c'est un sujet que je ne souhaite pas développer maintenant, j'y reviendrai ultérieurement...)

D'ailleurs, le discours des marchands qui pronnent le "chacun son goût" au niveau de la technique est bien souvent inconséquent et contradictoire sur le plan de la logique du discours. Si on prône le relativisme esthétique du goût accorder un quelquoncque crédit à la notion "d'expert" ou de "maître de thé" est une absurdité complète. Si on fait confiance à un marchand sur la durée, c'est bien parce qu'on estime qu'il est compétant en la matière, bref qu'il a bon goût. Aussi, bien souvent ceux qui ne donnent aucune explications ont bien souvent le culot de répondre aux clients qui se plaignent de leurs produits que ce n'est pas leur produit qui n'est pas bons mais leur technique d'infusion qui est inadéquate... alors, faudrait savoir! ? A moins que cette opacité communicationnelle ne soit qu'une manière de se décharger de sa responsabilité de vendeur sur le client... ?


Bon, bon... je m'écarte et m'echauffe un peu... Et tout cela ressemble de plus en plus à ...de l'amertume ;-) .

(au sens moral, tout un champ sémantique s'est developpé autour de cette étrange saveur... y aurait eu des développement à faire)



Mais bon, d'un côté, je ne pense pas que cela fasse du mal aux amateurs de thé qu'on les laisse un peu chercher sur les chemins de l'illumination sensuelle qui peut se trouver cachée dans des feuilles de thé. Il ne faut pas trop leur mâcher la besogne. C'est certain. Ce travail de recherche sur l'art d'infuser leur permet de développer leurs perception et la compréhension du produit à travers un savoir issu de leur propre expérience personnelle plutôt qu'à travers un parasitage sur le savoir élaboré par autrui... Car rien ne vaut la valeur d'une connaissance acquise par l'expérience, elle est toujours bien supérieure à tout autre.

Peut-être, y a-t-il ici une espèce de leçon à apprendre, à la manière d'une "sagesse orientale" (oui, je mets des guillemets à ce terme...) Quelque chose qui laisserait à penser que "les bonnes choses" doivent se gagner par une ascèse personnelle, qu'il faut le "mériter" vraiment pour y arriver... Il faudrait donc distinguer ici ceux qui refusent de communiquer l'information pour des raisons "spirituelles" d'accomplissement de ceux qui le font par opportunisme... mais je préfère vous laisser découvrir par vous-même comment faire cette distinction...



mardi 11 novembre 2008

Kung Fu Cha # 2: une expérience avec des Dan Cong



Il y déjà quelques temps, je vous avais fait part de mes recherches sur la technique d'infusion et les paramètres. Je vous avais promis d'autres articles plus fouillés sur le sujet. Patience... ce n'est pas encore pour tout de suite mais ça va venir.

Je voudrais juste vous faire part, pour susciter un peu de débat sur le sujet, d'une petite expérience que j'ai réalisée il y quelques semaines.

Dernièrement, comme je l'évoquais dans Kung Fu cha #1, j'étais plutôt parti dans la logique des très gros dosages avec des infusions assez courtes. Et, finalement, je suis reparti dans une direction diamétralement opposée...
Fini les dosages de brutes et les infusions à la Lucky Luke (Vous savez l'homme qui vide un zhong plus vite que son ombre...). Je démarre tout au-delà de la minute, et même une minute trente, deux minutes parfois...
Coool, Man !!! Y 'a bien le temps !!!!

En fait, j'ai fait une déroutante expérience dernièrement avec les dan cong: on infuse 15 sec, c'est "bon", disons parfumé. On infuse 25 sec, c'est amer. On infuse 40 sec, c'est limite buvable tellement l'amertume ressort et gâche tout. On infuse 1 minute 30 sec ou 2 minutes, ou plus encore, le thé ne parait plus aussi amer, il est comme sucré-miellé, plein de rondeur et de gras, reste bien en bouche, le fruité a un "vrai" goût de fruit...
Etonnant, non?

C'est mon expérience avec la grande théière qui m'a poussé à faire cette expérience. Ainsi qu'une petite discussion avec Emmanuel du blog Cha U Thé qui m'avait suggéré de faire de longues infusons sur les Dan cong, juste pour voir...

Avec la grande théière, j'étais persuadé qu'en infusant un Dan Cong de cette manière, j'allais obtenir quelque chose d'atrocement amer, et d'imbuvable, il n'en a rien été. Au contraire, j'ai eu quelque chose de presque pas amer, miéllé, fruité... je me suis donc dis que l'amer ne devais pas être central, qu'il y avait "autre chose" dans ce thé que je n'arrivais pas à extraire en GFC... Je me suis alors rappelé que Gilles (l'excellent vendeur de mon magasin préféré) m'avait dit, il y 2 ans, quand j'avais acheté du Mi lan xiang 5: "n'hésitez pas à l'infuser longtemps". En rentrant chez moi, après un premier test de 30 secondes, j'avais trouvé ça tellement amer que je n'ai que rarement oser m'aventurer au-delà avec ce thé... je me suis alors dit: "il est fou ce Gaulois!" sans chercher à réellemnt comprendre son conseil... Erreur!!! J'aurais au moins du essayer ses conseils même si ils me semblaient "étranges".

De prime abord cela parait contre intuitif d'infuser beaucoup plus longtemps un thé qui parait "amer" afin d'atténuer l'amertume... et pourtant, maintenant, il me semble bien que c'est ce qu'il faut faire... En réalité, ce qui se passe, c'est que toutes les composantes du thé ne sortent pas à la même vitesse au cours de l'infusion, le sucré et le gras, mettent plus de temps à venir... si on leur laisse le temps de venir, ces multiples composantes vont permettre au thé de véritablement s'équilibrer, et de se manifester dans toute sa grandeur et sa richesse...

J'ai réessayé mes classiques de Rochers et Wulongs taiwanais avec cette optique en tête, d'aller "au-delà de l'amertume", et cela m' a semblé une assez bonne idée... On sous-estime beaucoup trop ce que les grands thés on réellement dans le ventre, on peut les pousser beaucoup plus loin qu'on ne le pense...

Voilà pour aujourd'hui... après, je concède qu'infuser de la sorte ne soit pas nécessairement du goût de tout le monde. Mais, me concernant, ça me plait bien... J'ai plus l'impression d'entrer en contact avec ce que le thé à réellement à offrir en le "poussant".

***
Petite annonce:
je souhaite me séparer d'une partie de mon matériel à thé que j'utilise trop peu. Il y a de nombreuses théières de bonne qualité et pas chères (essentiellement en provennance de chez Teamasters), d'autres théières un peu plus spéciales, des Zhong, un Cha Bu, des théières à thé vert japonais, des set de compétition, peut-être d'autres choses... vous pouvez me contacter si vous êtes à la recherche d'objets à thé.

mardi 28 octobre 2008

Grande théière

La pièce dans laquelle j'ai l'habitude de préparer du thé est orientée Nord-Ouest. La lumière du soleil n'y pénétre donc pour ainsi dire jamais. Sauf... quand mes voisins d'en face entre-ouvrent leurs fenêtres: par un effet mirroir, cela me renvoie le soleil juste dans ma tasse de thé! Plaisant...
Cela m'a permis de prendre quelques belles photos. Je les ai prises il y déjà plusieurs semaines, mais je trouve qu'elles font un bel écho à celles postées par Lionel. Le soleil bas de l'automne le rend plus apte à pénétrer nos habitations...
Récemment, je me suis remis à utiliser une grande théière de porcelaine pour préparer du thé. Depuis quelques années, je me la jouais "fondamentaliste" du gong fu cha : micro-théières fabriquées avec des terres super techniques, zhong, balance , chrono, bloc-notes... Je voulais me la faire "puriste". Matin, midi et soir, et même la nuit, parfois. La grande théière s'est donc vue reléguée, mise au ban, considérée comme une abération, un produit de l'incompréhension du colonisateur, une hérésie... bref, totalement infréquentable.
Et puis, là, j'ai eu envie d'y revenir pour plusieurs raisons... Envie de retrouver un rapport au thé plus simple et premier, de le reconsidérer comme une boisson ordinaire, plaisante, bienfaisante tant sur le corps que l'esprit.
Une simple boisson. Et plus essentiellement un incroyable objet de contemplation esthétique et sensuelle tel qu'il l'est devenu pour moi... Envie aussi de retourner aux sources de mon amour pour cette boisson, qui est bien antérieur à ma pratique du gong fu cha...
Y revenir encore pour des raisons plus pratiques. Ne plus passer un temps dingue chaque jour à infuser dix fois les mêmes feuilles, à refaire dix fos les même gestes pour boire quelques centilitres de thé... (avez-vous déjà osé comptabiliser le temps passé sur une session sérieuse de gong fu cha? Cela fait une bonne partie de la journée). Une autre raison pratique, et plus terre-à-terre, est de consacrer un peu moins d'argent au thé en buvant (un peu) plus souvent des thés bons marchés qui passent quand même mieux en grande théière qu'en gong fu cha...
J'ai donc demandé à mon revendeur favori de me conseiller quelques thés bien adaptés à ce mode de préparation... Mais en fait, je n'ai même pas trop regardé, j'ai choisi tout ce qu'il y avait de moins cher sur la carte. J'étais très curieux de voir comment seraient leurs thés les moins chers... Quelques rouges (chinois, bien évidemment) et un vert.
Et franchement, je suis agréablement surpris par ces thés pour grande théière: assez complexes et délicats sur les parfums, très équilibrés en bouche, tant au niveau des sensations que des saveurs, de la plénitude, de la rondeur... Bref, comme boisson courante, cela me satisfait plutôt. Mais, c'est évident qu'on est très loin de l'expérience donnée par certains Wulongs préparés en gong fu cha... Cependant, c'est rapide et facile à préparer (même si je dois un peu réapprendre à faire le thé avec une grande théière - je n'ai plus aucun repères concernant les paramètres! je dois tout redécouvrir...).
J'ai également fait quelques Wulongs (entrée de gamme de Dan Cong, rochers, tie guan yin...) en grande théière. Le résultat est aussi très intéressant. C'est très complet et "plein" au niveau de la liqueur, il y a beaucoup de "gras". La présence des notes de fonds "lourdes" est accentuée, le coté "saveurs" prend un peu le dessus sur les parfums les plus délicats, mais l'expérience est intéressante. On a toutes les données du thé en même temps. J'ai aussi remarqué qu'avec ce genre d'infusion on avait aussi une très belle persistance en bouche de la liqueur...
Pendant longtemps, j'ai eu tendance à penser que le gong fu cha avait un meilleur rendement, qu'il permettait d'infuser plus de thé avec une certaine quantité de feuille. Après expériences, il me semble que ce ne soit pas aussi évident que ça de donner la priorité au gong fu cha sur ce point... je dirais que pour les thés peu complexes et/ou qui s'épuisent très vite après quelques passages, ce n'est pas la peine de s'emmerder à les faire en gong fu cha.
Concernant les thés verts, revenir vers des thés plus simples m' a fait prendre conscience que je les appréciais "plus" que les thés verts "haut de gamme"... Avant de plonger dans le monde fascinant et complexe des Wulongs de qualité, je buvais surtout des thés verts, c'est donc une famille que je connaîs bien et que j'ai beaucoup fréquenté... Quand j'ai commencé à m'intéresser de manière sérieuse au Wulongs, je me suis de plus en plus désinteréssé des thés verts. Je préfère très clairement la caractère plus intense et franc des wulongs, leur incomparable mâche. Le côté raffiné, subtil, léger, délicat des thés verts de haute qualité fait que très rapidement ce genre de thé m'ennnuie. je n'arrive plus jamais à finir un paquet de thé vert avant l'arrivée des nouvelles récoltes... En fait, je les trouve trop insipides, pas assez présents, pas asssez francs. Oui, c'est fin, complexe, subtil et délicat... mais je n'acroche plus à ce genre d'expérience. Ca me plait pour 3 ou 4 dégustation, puis: Bof!... Pourtant, les thés vert ont un côté frais et désaltérant que j'apprécie beaucoup. L'achat d'un thé vert très bon marché (un Bi Yun Tian) m'a un peu reconcilié avec cette famille de thé. Curieusement, je trouve ce thé vert à une dizaine d'euros bien plus plaisant à boire que certains bien plus couteux que j'ai dégusté dernièrement: ce n'est pas réellement complexe ou très subtil, mais c'est frais, c'est rafraichissant, c'est franc avec une présence en bouche assez marquée, c'est bien fait, équilibré... Comme boisson courante, ça me plait.
Voilà mes impressions concernant les grandes théières... Un peu de bla-bla sur ce blog après tout ces posts (paresseux) de photos!
Je vous rassure, si besoin, que je ne suis pas prêt à arrêter les gong fu cha pour autant (je continue à en faire au moins un par jours). J'essaie simplement de ré-aménager dans ma vie une place pour une "autre" pratique du thé. Plus simple, plus fonctionnelle, plus pragmatique, tout en étant agréable quant aux résultats.
*

mercredi 10 septembre 2008

Kung Fu Cha # 1



Prochainement, je vais passer quelques jours durant lesquels je n’aurai pas la possibilité de faire du thé dans des conditions optimales (entendez : sans mes théières favorites ni avec mes meilleurs thés). Rien que d’y penser, cela m’ennuie déjà. C’est vous dire à quel point je suis accro… Bon, cela me fera du bien un peu de repos, ainsi que de revenir à des choses plus simples.

Face à cette perspective, j’ai eu envie de me faire une dégustation qui soit vraiment mémorable : un très grand thé préparé dans les conditions les plus rigoureuses, et avec un dosage un peu hors normes par rapport à mes habitudes … L’idée m’a trotté dans la tête toute l’après-midi : que faire et comment ?
Alors plutôt que de passer ma soirée à faire du Qi-gong dans mon école de Kung-Fu du Dragon d’Or, j’ai préféré rentrer chez moi pour m’adonner à un tout autre genre de Kung-Fu…

Aussi, il faut que je vous dise que, pour l’instant, je suis en pleine recherche technique concernant ma pratique du Kung-Fu Cha : quels sont les meilleurs paramètres pour réussir un thé en Kung Fu cha ? Quelle quantité mettre et la laisser infuser combien de temps ?Quel est le bon équilibre entre la quantité et les temps ?
J’ai décidé de m’attaquer méthodiquement à cette question pour trouver les paramètres qui me satisfont le plus, ou du moins observer comment un thé se comporte sous une certaine configuration de paramètres… Ces derniers temps, je ne fais plus de compte-rendus analytiques mais je « travaille » sur le thé un peu comme un scientifique dans un laboratoire : j’essaie 4, 5, 6, 7, 8 grammes d’un thé avec certaines durée, ensuite, je réessaie les mêmes quantité avec des temps sensiblement différents, plus long ou plus court.
Finalement, cela est assez amusant à faire. Et cela suscite plein de questions : est- ce que deux liqueurs de concentration identique obtenues avec des paramètres différents auront-elles des caractères identiques, et en quoi vont-elle différer ? Je tenterais de vous présenter mes résultats dans quelques temps…

Par ailleurs, j’ai souvent entendu dire que la « véritable méthode authentique » du Kung Fu Cha, telle qu’elle se pratique dans le Fujian et le Guangdong, utilise une très grande quantité de thé - en gros, pour des feuilles torsadées on remplit au minimum les deux tiers du récipient d’infusion. D’autres part, je constate aussi que certains amateurs de thé qui tiennent des blogs, comme MarshallN, Cloud, ou encore Toki, utilisent tous des dosages assez importants… Je vous conseille d’ailleurs de jeter un oeil sur les récents articles de Toki ( My favorite teablog in english) et sa méthode de dégustation détaillée par le Kung Fu Cha ("what is detail tasting?", il vous faudra lire d'autres articles plus anciens pour réellement comprendre…). Voir aussi le très intéressant blog de Phyll qui a aussi essayé l'expérience de Toki






Bref, en rentrant chez moi, j’étais très partant pour tenter une « expérience de l’extrême » en utilisant un très gros dosage… Juste pour voir… Mais franchement, je n’avais pas trop d’idée précise sur la dose à mettre pour avoir un « gros dosage »…


Comme j’avais le goût pour un bon Yan Cha, je me suis dirigé vers une boite de Da Hong Pao n° 5 millésime 1996 de la Maison des Trois Thés. Ma dernière boite de « Rochers ». Un fond de boite d’ailleurs ! Je pèse le contenu : 13 grammes…
Mouais, comment diviser cela en deux parties? J’ai l’habitude de doser entre 6 et 7 grammes pour ma théière de 12 Cl, mettre 8 ou 9 grammes me laisse une dose bien trop petite pour faire quelques chose de sympa la prochaine fois, et c’est se condamner à finir cette boite de thé d’une manière qui ne me laissera sans doute pas un très bon souvenir (en plus, que ce thé ne m’avait pas trop emballé, du moins si je le compare aux autres DHP de cette Maison…)

Face à cette équation peu soluble, je me suis finalement décidé à mettre ces 13 grammes de thé dans ma petite Yixing de 12 cl….

Et , très franchement, je ne l’ai pas regretté un seul instant !!!

Le résultat est superbe. Des infusions très détaillées et analytiques, puissantes et pures, une très belle et longue présence en bouche… J’ai pu percevoir certaines subtilités de ce thé que j’avais jusqu’ici ignorées.
Quatre années que je tente de pratiquer le Kung Fu Cha avec une certaine satisfaction, mais je crois qu’aujourd’hui je viens de comprendre un truc…

Avec un tel dosage (et une telle qualité de thé) les infusions sont inépuisables en nombres… A l’heure où j’écris ces ligne, je suis bien loin d’en avoir fini…

Encore une petite précision pour finir ce billet: il va de soi que pour réussir ses infusions avec un tel dosage, il est necesssaire de faire les premières infusions ultra-courtes. On remplit la théière, on dépose la bouiloire, on vide la théière. C'est très simple en fait. Même pas besoin de compter...
Aussi, il est nécessaire d'utiliser un thé de très haute qualité pour que la méthode donne tout son bénéfice. J'avais fait un essai précedement avec un Shui Xian 1 et le résultat ne m'avait pas emballé... Comme cette technique met en évidence la complexité et les subtilités, il faut un thé qui ait une certaine complexité à offrir...


Cette expérience m'a aussi rappelé un billet de Christophe-Jeancarmet dans lequel il nous expliquait que le Kung Fu Cha c'est très simple: " c'est à fond et à fond! Point" !!!